Un sourire peut être sincère, ou de pure politesse. La différence se joue souvent autour des yeux : quand le sourire est vrai, de petites rides apparaissent au coin de l’œil et les joues remontent.
Voici ce que la science et la synergologie en disent, et pourquoi il vaut mieux rester prudent avant de conclure qu’un sourire est faux.
À retenir
- Le « sourire de Duchenne » mobilise deux muscles : celui qui relève les coins de la bouche et celui qui plisse le contour de l’œil.
- En 1990, Ekman, Davidson et Friesen ont montré que ce sourire accompagne davantage le plaisir réellement ressenti.
- Il peut toutefois être imité : en 2009, une étude a observé autant de sourires de Duchenne chez des gens qui souriaient sur commande.
- L’absence de rides est un indice, pas une preuve : regardez aussi le moment, la durée et le contexte.
Qu'est-ce qu'un vrai sourire ?
C’est un sourire qui engage les yeux autant que la bouche. Au XIXe siècle, le neurologue français Guillaume Duchenne de Boulogne stimulait électriquement les muscles du visage pour en cartographier les expressions. Dans Mécanisme de la physionomie humaine (1862), il distingue deux muscles :
- le grand zygomatique, qui tire les coins de la bouche vers le haut, et qu’on contrôle facilement;
- l’orbiculaire de l’œil, qui entoure l’œil, remonte les joues et crée les fameuses « pattes d’oie ».
Selon Duchenne, ce second muscle obéit mal à la volonté et ne s’active vraiment qu’avec une émotion agréable. C’est pourquoi on appelle aujourd’hui « sourire de Duchenne » un sourire qui mobilise les deux.
Que dit la recherche sur le sourire de Duchenne ?
Elle confirme le lien avec le plaisir. En 1990, Paul Ekman, Richard Davidson et Wallace Friesen ont filmé le visage de participants pendant qu’ils regardaient des films agréables ou désagréables, tout en mesurant leur activité cérébrale (Ekman, Davidson et Friesen, Journal of Personality and Social Psychology, 1990).
Les sourires qui faisaient intervenir le muscle autour de l’œil apparaissaient plus souvent pendant les films agréables. Ils correspondaient aussi au plaisir que les participants déclaraient ressentir, ce qui n’était pas le cas des autres sourires.
Peut-on faire semblant de sourire avec les yeux ?
Oui, plus souvent qu’on le pense. En 2009, Eva Krumhuber et Antony Manstead ont demandé à des participants soit de sourire spontanément devant du matériel amusant, soit de sourire sur commande. Ils ont observé des proportions semblables de sourires de Duchenne dans les deux situations (Krumhuber et Manstead, Emotion, 2009).
Bonne nouvelle pour les observateurs, toutefois : les personnes qui regardaient ces sourires arrivaient généralement à distinguer les sourires spontanés des sourires posés. Les rides au coin des yeux ne suffisent donc pas à elles seules. Le reste du visage, et surtout le moment où le sourire apparaît, compte aussi.
Comment reconnaître un sourire sincère au quotidien ?
En combinant plusieurs indices. Voici ceux qui reviennent le plus souvent en formation :
- Les yeux : pattes d’oie, joues qui remontent, paupière inférieure légèrement soulevée.
- Le moment : un vrai sourire suit l’événement qui le déclenche; un sourire de politesse arrive souvent trop tôt ou trop tard.
- Le rythme : le sourire sincère s’installe et s’efface en douceur; le sourire forcé s’allume et s’éteint d’un coup.
- Le reste du corps : les mains, la posture et la voix vont-ils dans le même sens?
- Le contexte : la photo officielle, la réunion tendue ou le souper entre amis n’appellent pas le même sourire.
Ce que la synergologie ajoute à la lecture du sourire
La synergologie ne s’arrête pas au sourire : elle le lit avec le reste du visage et du corps. Elle s’intéresse notamment à l’asymétrie, chaque moitié du visage pouvant raconter une histoire différente. Nous l’expliquons en détail dans notre article sur le sourire de la Joconde.
L’approche reste la même : repérer un décalage, formuler une hypothèse, puis la vérifier par le dialogue. Un sourire sans rides ne fait pas de quelqu’un un menteur; il invite simplement à être plus attentif.
Questions fréquentes sur le vrai et le faux sourire
Qu'est-ce qu'un sourire de Duchenne ?
C’est un sourire qui active à la fois le grand zygomatique, qui relève les coins de la bouche, et l’orbiculaire de l’œil, qui plisse le contour des yeux. Il porte le nom du neurologue Guillaume Duchenne de Boulogne, qui l’a décrit en 1862. On l’associe au plaisir réellement ressenti.
Un sourire sans rides autour des yeux est-il toujours faux ?
Non. Un sourire de politesse, un sourire léger ou une photo prise au mauvais moment peuvent ne pas plisser les yeux. L’absence de rides est un indice à combiner avec d’autres signaux, comme le moment où le sourire apparaît et le reste du langage corporel.
Peut-on simuler un sourire avec les yeux ?
Oui. Une étude de 2009 (Krumhuber et Manstead, Emotion) a observé autant de sourires de Duchenne chez des personnes qui souriaient sur commande que chez celles qui souriaient spontanément. Les observateurs arrivaient toutefois souvent à faire la différence en regardant l’ensemble du visage.
Comment apprendre à lire les émotions sur un visage ?
En observant beaucoup, idéalement en vidéo plutôt qu’en photo, et en vérifiant ses hypothèses par le dialogue. Une formation en synergologie offre une grille de lecture structurée et des exercices pratiques. Notre quiz gratuit permet aussi d’évaluer son niveau.
Pour aller plus loin : mettez votre œil à l’épreuve avec notre quiz gratuit sur le non verbal, ou découvrez nos formations en synergologie.

